Les « fidèles de Canaan », déçus des Eglises évangéliques sud-coréennes

Un nombre croissant de fidèles désertent les Églises évangéliques sud-coréennes, frappées par plusieurs scandales. Une association entend les réformer et lutter contre leur « théologie de la prospérité ».

La nuit à Séoul, des centaines de petites croix rouges au néon illuminent le paysage urbain, signes omniprésents de l’imposant maillage des Églises évangéliques en Corée du Sud. Pourtant, si le pays du Matin calme compte 18 % de protestants, leur nombre diminue. « Nous traversons une crise très grave. Les gens ne font plus confiance aux Églises », regrette Park Deuk-hoon, pasteur presbytérien et cofondateur de l’Alliance d’action pour la réforme de l’Église, dont l’objectif est de « construire une Église saine ».

Détournements de biens, abus sexuels, transmission dynastique de père en fils : les Églises évangéliques accumulent les scandales. En juin, David Yonggi Cho, fondateur de la plus grande congrégation pentecôtiste de Corée, l’Église Yoido du Plein Évangile, et deux de ses fils, ont été accusés de détournement et d’évasion fiscale.

« CERTAINS PASTEURS N’ENSEIGNENT PAS COMMENT VIVRE SELON LA BIBLE MAIS COMMENT RÉUSSIR DANS LE MONDE OÙ NOUS VIVONS »

Ces scandales, associés aux exigences financières importantes des Églises (les fidèles doivent leur verser la dîme, soit un dixième de leur salaire) provoquent une désaffection grandissante. Les croyants excédés qui décident de se détourner de leur congrégation deviennent des fidèles sans Église, surnommés « fidèles de Canaan », un jeu de mot avec le coréen « an naga » : « J’y vais pas. » Dans le quotidien Choson Ilbo, l’un d’entre eux exprime sa colère face aux pratiques de son ancienne Église, qui lui semble uniquement préoccupée de réussite matérielle : « On nous dit qu’il est souhaitable pour notre Église de s’enrichir et de s’agrandir ; mais alors, quelle est la différence entre une Église et un business ? »

C’est à cette théologie de la prospérité que s’attaque l’association de Park Deuk-hoon. La cinquantaine, ce pasteur dénonce un enseignement « perverti » où devenir riche est présenté comme une récompense pour sa foi. « Certains pasteurs n’enseignent pas comment vivre selon la Bible mais comment réussir dans le monde où nous vivons. Ils se réfèrent à Abraham, Salomon, Job et disent : “Si vous croyez en Dieu comme eux, vous aussi réussirez et deviendrez riches.” Ceux qui rencontrent l’échec se voient répondre qu’ils n’ont pas suffisamment la foi. » Une Bible ouverte à ses côtés, il s’exprime avec circonspection, empli d’une colère rentrée. « Le tournant a eu lieu dans les années 1960 et 1970. Le président Park Chung-hee, père de l’actuelle présidente, a voulu construire une nation basée sur la richesse et le succès. Les Églises protestantes ont été influencées par cet état d’esprit. »

« POUR RÉFORMER LES ÉGLISES PROTESTANTES EN CORÉE, IL FAUDRAIT UN MIRACLE »

Son association a mis au point un dispositif pour remettre dans le droit chemin les congrégations accusées de malversations. Il consiste à prendre contact avec les pasteurs incriminés, prendre connaissance du problème, jouer un rôle de conseil. « S’ils refusent de nous écouter, nous dénonçons le problème publiquement. Si cela ne suffit pas, nous saisissons les tribunaux. » Mais il se dit pessimiste, accusant les dirigeants des associations nationales protestantes de protéger avant tout les intérêts des pasteurs. « Pour réformer les Églises protestantes en Corée, il faudrait un miracle. »

 

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